« Patrimoine », voilà un mot qui instantanément parle à tout le monde et en particulier aux Arlésiens ! Mais en fait de quoi parle-t-on ?
Mon propos n’est pas de venir aujourd’hui surenchérir sur l’excellente conférence que M. Christian MOURISARD, adjoint délégué au patrimoine, a prononcé en mars dernier, devant notre assemblée, sur la convention de l’UNESCO, le classement et la gestion des biens inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, mais plutôt de lancer une réflexion sur les risques liés à une banalisation du terme lui-même.
Or, en cette année de préparation de « Marseille Provence 2013 », tout est prétexte pour y faire référence et faire des amalgames « contre-nature » en s’appropriant ce bien universel pour des intérêts individuels à des fins partisanes. Certes nous venons de traverser une longue et sensible période citoyenne où il était délicat de se manifester sous peine d’être récupéré !
Même si l’exprimer n’est pas politiquement correct, nous savions tout l’intérêt presque affectif que le dernier ministre de tutelle portait à Arles et à son patrimoine et l’inquiétude était palpable de savoir qui allait lui succéder et si la ville devrait à nouveau envisager une nouvelle campagne de « séduction ». Il nous a même était rapporté que dans les sphères parisiennes du pouvoir, la simple évocation d’un dossier « Arles-Patrimoine » le classait en dossier prioritaire pour lequel le ministère concerné « devait absolument apporter une réponsepositive ». Dans les faits nos élus n’en ont peut-être pas le même ressenti ou le même vécu, mais cela est symptomatique de la renommée de notre cité et de ses besoins patrimoniaux… ! À l’évidence, et ce n’est plus anecdotique, l’administration n’a pas la même sensibilité si l’on analyse les contraintes qu’elle veut imposer à la commune par l’application du dernier plan de prévention des risques d’inondations anticipé (PPRIa) qui gèlerait toute initiative d’aménagement sur la commune à l’exception du rocher de l’Hauture ! Faudra-t-il envisager de faire appel à un architecte-urbaniste pour construire des HLM et un centre commercial dans l’Amphithéâtre afin d’y accueillir à nouveau les Arlésiens, comme au « bon vieux temps » ?
Nous formulons le vœu que le bon sens prenne le pas sur le principe de précaution élevé en doctrine et que nous puissions revenir à une période « normale » où chacun devrait pouvoir à nouveau s’investir dans le bien public !
Tous les dictionnaires sont pratiquement d’accord sur l’esprit de la définition de base du patrimoine que nous pouvons résumer ainsi : « Que ce soit pour l’individu, la famille ou la nation, le patrimoine représente l’ensemble des biens qui leur reviennent, par héritage ou droit historique ». Dans cette dynamique, la notion de patrimoine dégage donc de la part de celui qui l’utilise un sentiment d’appropriation individuelle ou collective qu’il est important de bien identifier.
À ce titre, la démarche pédagogique (voir rubrique Entre nous) conduite par le triptyque Association Regards & Mémoires, Prides 13 et un artiste-photographe est exemplaire, comme la presse s’en est fait l’écho récemment. Cette opération de valorisation des métiers du patrimoine a permis à 150 collégiens de donner corps à ce concept en lui attribuant une application directe sur leur devenir professionnel ; ils retrouvent ainsi à travers l’exploration des richesses du musée départemental Arles antique une part de leur identité grâce à leur histoire appliquée à leur avenir.
C’est pour toutes ces raisons que l’habitude a été prise d’accompagner presque systématiquement le mot « patrimoine » d’adjectifs ou de locutions qui situent précisément « l’objet » concerné. C’est ainsi que si l’on fait référence à la convention de l’ONU de novembre 1972, on parlera de « Patrimoine culturel et naturel » et, pour la convention de l’UNESCO de 2001, de « Patrimoine oral et immatériel de l’humanité ».
Pour leur 29e édition, les 15 et 16 septembre prochains, les Journées européennes du patrimoine veulent mettre à l’honneur le thème du « patrimoine caché ». Le ministère organisateur veut lever le voile sur un patrimoine qui se trouve derrière les portes, au fond des cours, sous nos pieds, au-dessus de nos têtes, dans l’ombre ou en pleine lumière. Ces journées font leur cette injonction de Proust : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »
Nos pas devraient nous guider ce jour-là vers le patrimoine souterrain, le patrimoine enfoui, le patrimoine militaire, le patrimoine en hauteur, les cours, coulisses et curiosités, les réserves, archives et collections, autant de lieux et d’objets dont notre territoire est riche au-delà des neuf monuments arlésiens emblématiques, classés au patrimoine mondial.
C’est aussi pour nous l’occasion de mettre un coup de projecteur sur la mission de la Fondation du patrimoine. Environ 500 000 lieux de mémoire publics ou privés ont été édifiés par les artisans de nos villes et de nos villages. Nombre d’entre eux, qui ont souffert de l’usure du temps et d’un manque d’entretien, sont aujourd’hui menacés de disparition. Ils doivent être sauvés pour éviter que ne s’effacent des pages émouvantes et essentielles de l’histoire de notre pays. Beaucoup de vieux relais de poste, maisons rurales, chapelles, pigeonniers, fontaines, lavoirs, etc., ne sont pas protégés par l’État au titre des monuments historiques ; c’est ce patrimoine de proximité, propriété de tous les Français, qui fait l’objet de l’attention prioritaire de la Fondation du patrimoine. Nous avons le devoir de faire connaître et reconnaître cette action, et parmi de nombreux lieux arlésiens qui répondent à ces critères, la chapelle de la Genouillade en est le parfait exemple.
Sans vouloir interrompre prématurément le vagabondage de notre imagination autour de tous ces aspects du patrimoine, je n’en retiendrai qu’un qui relève de l’intime propre à chacun de nous et que Victor Hugo a si bien défini dans « l’Ode à mon père » : « Le plus beau patrimoine est un nom vénéré ! »
Vincent RAMON